Le suicide français – Eric Zemmour

Posté le 15/10/2014 à 10h25. Modifié il y a 2 ans 11 mois 4 jours Voir le livre

Titre:
Le suicide français
Genre:
Actu, Politique et Société
Editeur:
ALBIN MICHEL
( 01/10/2014 )
ISBN:
2147483647
544 pages
22,90 euros

« Les Français ne reconnaissent plus la France. La liberté est devenue l’anomie, l’Égalité, l’égalitarisme, la Fraternité, la guerre de tous contre tous. »

Le constat sur l’état de la France

Éric Zemmour en fin analyste (et polémiste) politique, nous décrit dans son livre, « le suicide français », une France meurtrit, une France dont les enfants ne s’aiment plus, une France salit par les étrangers, les féministes, les homosexuelles et les communautarismes de tout bord.

Il dresse un portrait de la France des années 1970 jusqu’à l’ère du président Hollande en 2014. On ne peut que lui donner raison quand il nous dépeint avec le style qui est le sien une France « américanisée, oublieuse de son passé et de ses racines. »

L’auteur nous rappelle quelques évidences comme le recours à l’immigration massif par le patronat afin de disposer d’une main-d’œuvre sous-payée et malléable à souhait, la soumission des états à l’argent roi par billet de leurs représentants oligarques siégeant à Bruxelles, la perte de la souveraineté des états européens et son admiration des anciens régimes notamment bonapartiste et gaulliste.

En revanche, à la lecture du livre, on ne peut qu’émettre des réserves quant aux causes du « suicide » français qui s’apparente plus à la désignation de bouc émissaire. Les arabes, les féministes de tout bord et autre communautariste ainsi que les révolutionnaires de mai 68, seraient les coupables du déclin de la France…

Soit, analysons quelques points de la pensée « Zemmourienne ».

La grande désillusion européenne

L’auteur nous décrit précisément les étapes de la construction européenne. Comme souvent, ce sont les Français qui sont à la manœuvre. Après la défaite et l’humiliation de 1940 puis la victoire en 1945 avec l’aide de l’allié américain, la France renoue avec son vieux rêve de domination européen, comme l’avait laissé entendre le général de Gaule « la France serait le jockey de l’Europe, et l’Allemagne le cheval ».

Tout ne se passa pas exactement comme prévu. Avec la chute du mur de Berlin en 1989, les deux Allemagnes réunifiées devenaient plus puissantes que jamais et le rapport de force entre les deux nations, France et Allemagne, s’inversait au profit de ce dernier. Le président Mitterrand tenta une dernière manœuvre politique dont il avait le secret, mais il fut coiffé au poteau, si j’ose dire, par l’américain John F. Kennedy avec son célèbre « Ich bin ein Berliner » (« Je suis un Berlinois ») mettant toute l’Europe entre les mains des libéraux et des capitalistes sans vergogne.

Cette construction européenne s’accompagna par une mondialisation, que l’auteur exècre par-dessus tout : « Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme. » En revanche, là où son analyse devient intéressante, c’est quand il cite l’article 25 de la loi de 1973 qui interdisait à l’État de se refinancer gratuitement auprès de la Banque de France. Cette loi selon l’auteur signa le glas de la souveraineté française et l’effondrement de l’économie française. La France, qui avait déjà perdu toutes ses colonies, sombra alors dans un cycle de désindustrialisation et d’explosion du chômage.

L’entrée du loup anglais (et donc du membre éminent de sa meute : les États-Unis) dans la bergerie européenne scella la victoire de la pensée néo-libérale et capitaliste à l’anglo-saxonne, le « culte de la richesse protestante » écrira l’auteur. Ce n’était plus les ressources du sous-sol qui déterminaient l’allocation des richesses, mais les flux de marchandises et de capitaux. Ajouter à cela l’entrée de la Chine dans l’organisation mondiale du commerce en 2001, l’hémorragie de l’économie française ne s’est jamais arrêtée depuis, les dirigeants étant pied et poings par les oligarques-technocrates de Bruxelles.

La France avait perdu sa souveraineté et avec elle le peuple français, elle serait bientôt le « cheval et l’Allemagne le jockey ».

L’affreux maghrébin

Cette partie est selon moi la plus controversée du livre. Les Noirs et les Arabes en prennent pour leur grade chiffre à l’appui, « la moitié des 100 000 agressions annuelles étaient causées par des Maghrébins », mais malheureusement l’auteur ne donne les sources de ce chiffre, invérifiable donc. Concernant la banlieue, les « immigrés italiens, espagnols, polonais et juifs avant eux s’étaient parfaitement assimilés à la société française […], le sujet n’est pas le territoire, mais la population. »

Y aurait-il un gène de la délinquance ? Une race sujette à la délinquante ? L’auteur ne répond à ces questions dans le livre, mais soutient que cela pourrait être à cause de l’islam.

Puis il continue en citant, Chateaubriand : « Détruisez le christianisme et vous aurez l’islam ». Avant de poursuivre sur l’exaspération des Français voyant « L’arrivée brutale, mal préparée, d’innombrables familles maghrébines dans leurs cités. »

Il dénonce la complaisance des pouvoirs publics à l’égard de ces populations immigrées : « Attaquer le puissant parce qu’il est puissant et même s’il est innocent ; de protéger le faible, le pauvre, le jeune, l’immigré, parce qu’il est une victime de la société, fut-il coupable. »

S’ensuit une théorie sur la victimisation de ces anciens colonisés qui avait trouvé (en la France) « Désormais le coupable à vie. Coupable de tout. Coupable absolu. Coupable à jamais ».

Pour donner encore plus de poids à ses arguments, Zemmour s’appuie sur le général de Gaule qui disait qu’il n’avait pas envie que son village Colombey-les-Deux-Eglises devienne « Colombey-les-Deux-Mosquées », et qui comparait les Français et les Arabes à l’huile et au vinaigre : « Mélangez-les dans une bouteille. Après un certain temps, ils se séparent ».

Chacun se fera son avis, on peut juste regretter la montée du communautarisme en France.

Sois communautariste et tais-toi ! France, terre d’affrontement entre Juifs et Arabes.

Après les Noirs et les Arabes, ce sont les Juifs qui sont l’objet du courroux de l’auteur. Il dénonce ainsi la mainmise de certains groupes juifs sur l’antiracisme militant et qui refusent de « différencier l’israélite français de l’Arabe étranger ». Certains intellectuels issus du milieu juif, notamment Arno Klarsfeld, qui avait développé une « doxa paxtonnienne » visant à accabler le « peuple français de tous les péchés d’Israël » parlant de la collaboration du régime du Maréchal Pétain avec l’Allemagne nazi. Cette pensée selon l’auteur revenait à faire croire aux français que « L’amour de la France, c’est donc l’extermination des juifs. » BHL (Bernard Henri Lévis) est lui aussi égratigné dans le livre comme faisant partie de cette mouvance « de la haine de soi française et de la sécession de ses élites ».

La montée du communautariste remonte d’ailleurs à cette époque (1973) quand le CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France) faisait un lobbyisme consciencieux auprès de l’État français et tous les élus de la nation se pressaient à leur soirée de gala pour ne pas être taxés d’antisémites. S’en est suivi une succession de concession de l’État français à la communauté juive, concessions qui ne tarderont pas de « réveiller des jalousies légitimes d’autres communautés » (Noires et Antillaises pour l’esclavage, Algériens pour la guerre d’Algérie, colonisation, etc.)

Charles Aznavour, d’origine arménienne, ne disait-il pas : « Qui ne fait pas siens tous les génocides, n’en fait sien aucun. » ?

Les élites ont ainsi ouvert cette boite de pandore commémorative que leur prédécesseur avait refusé de faire à l’époque par « arrogance ». L’auteur s’insurge d’ailleurs contre cette capitulation de l’État face aux communautés. N’aurait-il pas été préférable de faire un mea culpa collectif pour l’esclavage, la colonisation et les atrocités du passé à l’image de l’Allemagne, des Pays-Bas ou même de la grande Bretagne ? Non, elle était décidément trop fière la France.

Entre temps, la guerre entre Israël et les pays arabes faisaient rage. Les juifs qui était resté neutres face à cette guerre, car se considérant profondément français, commencèrent à prendre parti pour l’État d’Israël. Les Arabes et Noirs musulmans pour leurs frères palestiniens. La séparation entre les peuples était consommée, la création de peuples dans le peuple avait débuté, avec au centre la France comme arbitre.

La nunuche émancipée, le gay décomplexé et la mort du père

Vint ensuite le tour des féministes, homosexuels et autres transgenres. « Les mouvements féministes aussi au nom de la liberté de la femme à se défaire ‘des chaînes du mariage’ » auraient détruit la famille traditionnelle. L’auteur en profite pour égratigner encore un plus les "soixante huitards", dont il est question d’ailleurs dans tout le livre avec leur slogan « Il est interdit d’interdire », voyant en cela « la mort du père et de toute autorité. » Il poursuit : « Le père incarne la loi et le principe de réalité contre le principe de plaisir. Il incarne la famille répressive qui canalise et refrène les pulsions des enfants pour les contraindre à les sublimer. »

On ne sait pas très bien où Éric Zemmour veut en venir, a-t’ il la nostalgie de l’époque des femmes soumises ou dénonce t’il la destruction de la famille par une revendication égalitaire, légitime, des femmes ? Concernant les homosexuels, il évoque même le courroux de dieu…

Quoi qu’il en soit, il soulève un point important en citant Michel Debré qui rappelait que « le rôle du législateur n’est pas de suivre l’évolution des mœurs ». On peut juste espérer que la PMA ou autre GMA ne conduisent pas à la marchandisation du corps de la femme à l’image de ce qui se passe aux États-Unis. Cela rendrait vains tous les efforts d’émancipation des femmes qui seraient réduites à être des usines à bébé !

D’autres points concernant l’avortement soulèvent quelques réserves, chacun jugera.

À quand le retour de l’homme providentiel ?

On peut reprocher beaucoup de choses à Éric Zemmour dans ce livre sauf sa fibre patriotique qui en devient presque ridicule quelques fois. En effet, l’auteur rêve de l’époque bénie où la France était la première puissance démographique et militaire d’Europe. Entre temps, l’Europe (l'institution), la mondialisation, les banques et les pays émergents sont passés par là. Le rêve de la France seule décidant de tout me semble aujourd’hui une chimère. Avec l’ogre chinois tapi dans l’ombre prête à bondir et les États-Unis et leur Realpolitik, il est de l’intérêt de la France de se faire des alliés puissants et solides. Reformer l’Europe quitte à remercier les Britanniques qui finalement, n’ont jamais aimé cette Europe et s’en sont juste servi pour leurs propres intérêts. Ne disait-on pas du Royaume-Uni : le cheval de Troie américain ? Le pays par lequel l’Amérique parviendrait à imposer sa culture économique à la vieille Europe.

Concernant les provocations d’Éric Zemmour sur l’« homme blanc » tout puissant, l’hégémonie allemande dans le football, car les joueurs de l'équipe sont des « Allemands de souches », les lecteurs de la presse y verront le retour de leur polémiste préféré. Je rappelle juste que c’est une Allemagne multiculturelle qui a gagné la coupe du monde 2014 au Brésil.

Il fait un constat juste sur l’état de la France, mais se trompe à mon avis sur « le choc des civilisations » annoncé avant lui par Huntington.

La France est un pays qui doit se réinventer, elle n’a nullement besoin d’un Bonaparte ou tout autre homme providentiel pour cela. La France a des atouts considérables et la diversité fait partie de ses atouts n’en déplaise à Éric Zemmour. De plus, notre cher pays a toujours su rebondir et rayonner sur le toit du monde.

Pour finir, vous vous souvenez sans doute du débat télévisé opposant Valérie Giscard D’Estaing à François Mitterrand en 1974, le premier balançant « vous êtes l’homme du passé » et le second répliquant « vous êtes l’homme du passif ». Eh bien, à force de rêver uniquement du passé et d’une France exclusivement blanche, le polémiste Zemmour finira en « homme du passé et du passif ». Mais n’ayant « pas le monopole du cœur », je pense qu’au-delà de la provocation, l’auteur veut réveiller les consciences, secouer et réveiller cette vieille France afin qu’elle puisse reprendre la place qui lui revient de droit dans le monde.

2 Commentaires

BookAdmin
Par BookAdmin il y a 2 ans 11 mois 4 jours

Merci pour ton article jol. J'ai moi aussi lu le livre, Éric Zemmour alterne entre vérité implacable et propos simplistes (volontairement à mon sens). La mainmise des "bobos" de gauche et de la droite soi-disant "rigoriste" sur le pouvoir n'aura échappé à personne. Il s'est créé en France une classe d’élite, sortant des mêmes écoles, parfois du même milieu et ayant un profond mépris pour les universitaires, alors les non-diplômés et la classe populaire, n'en parlons même pas. On se souvient tous du micmac de Nicolas Sarkozy pour faire accepter un traité européen que les Français avaient pourtant rejeté… L’arrivée de François n’a malheureusement pas changé grand-chose. L’Europe en soit est une bonne chose, il lui manque toutefois des garde-fous pour qu’elle soit complètement au service du peuple plutôt qu'à celui de Goldman Sachs et ses autres amis banquiers.

Après dénoncé la mondialisation ne sert pas à grand-chose, la France ne peut pas rester ce petit village gaulois seul contre tous et refusant de s'ouvrir au monde. À l'ère de la "guerre" des blocs entre les pays émergents, chine en tête, les américains et les européens, il serait hasardeux de vouloir faire cavalier seul n'ayant pas pour l'instant le pouvoir pour faire basculer l'Europe...

Concernant, les polémiques sur les Maghrébins et autres provocations sur les homosexuels et les "chiennes de garde", cela n'a que peu d'intérêt et relève plutôt d'une stratégie pour faire parler de son livre et le faire vendre...

Sinon, très bel article, j'ai beaucoup aimé surtout la fin, merci pour ce beau travail !

Edit:

"Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme;"

Cette phrase vient de la Bible, de Saint Paul je crois, à vérifier... Elle a été detourné par Zemmour, et ne reflète plus son sens premier. La phrase complète:

Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.

Afin passons.

 
clara
Par clara il y a 2 ans 11 mois 3 jours

Bof, Zémmour voulait faire parler de lui, il aura réussi, son livre se vend comme des petits pains...

Les malheureux à la recherche de boucs émissaires ont trouvés leurs coupables idéals et Zemmour la polémique qu'il voulait.

Rien de nouveau sous le soleil donc.

  BookAdmin, jol, Benilicious aiment ça.

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