Homme à terre «La courte et tragique vie de Robert Peace »

Posté le 21/09/2014 à 11h46. Modifié il y a 2 ans 11 mois 15 jours

Titre:
The Short and Tragic Life of Robert Peace
Genre:
Actu, Politique et Société
Editeur:
Scribner
( 23/09/2014 )
ISBN:
147673190
416 pages
22,74 euros

Il y a des endroits en Amérique où la vie à si peu de valeur et le sort si cruel que, s'il s'agissait d'un pays autre que l'Amérique, ils pourraient décider de le bombarder pour le «libérer». Ce livre est un compte hypnotique d'un tel lieu - un ghetto près de Newark - qui pose cette question à cette Amérique parfaite: Est-il possible de se réinventer, de se construire son propre destin?

“The Short and Tragic Life of Robert Peace” cherche des réponses dans l'histoire vraie de deux hommes, élevés dans le même quartier pauvre et au voisinage principalement noir, dont les trajectoires divergent de façon spectaculaire.

L'un des deux, Shawn, dont le père est un parrain de la drogue nommé Skeet qui essaie de garder son fils loin des livres, craignant qu'il se ramollisse dans un monde où il n'y a pas de place pour les faibles. Aussi, Skeet enseigne à Shawn comment se battre, intimider, reconnaitre tous ceux qui représente un danger mortel sur l'avenue. Lorsque Skeet est emprisonné pour le meurtre de deux femmes, Shawn hérite de ses amis. Il devient dealer, à son tour, passe la nuit dans sa voiture, vêtu d'un gilet en kevlar.

L'autre homme, Rob, fils d'une mère très ambitieuse, qui, tout en peinant dans les cuisines, souhaite pour son enfant l'avenir qu'elle n'a jamais eu. Elle emprunte des livres à la bibliothèque locale pour les lire à son enfant, et plus tard lui achète le premier volume d'une encyclopédie, puis lui procure les autres, un à un, à chaque fois qu’elle en a les moyens. Elle se démène dans leur monde lugubre afin de trouver des institutions et des personnes qui pourraient aider son fils. Une école bénédictine vient en aide à Rob. Un directeur de banque offre de payer tous ses frais d'études. Yale l'accepte. Il obtient son diplôme en biophysique moléculaire et biochimie, et travaille dans un laboratoire de recherche sur le cancer et les maladies infectieuses.

 "Rob et Shawn, sont en réalité une seule et même personne"

Ce qui rend ce livre si bouleversant c'est que ces deux hommes, Rob et Shawn, sont en réalité une seule et même personne: Robert DeShaun Peace, qui est passé d'un ghetto de New Jersey à Yale l'endroit où est transporté le cadavre des trafiquants genoux fléchis et face contre terre.

Aujourd'hui, il y a des rapports à profusion sur le thème des deux Amérique. L'originalité de l'œuvre de Jeff Hobbs est d'avoir trouver un homme qui a vécu simultanément dans les deux pays, qui a prospéré et a échoué à la fois, qui a échappé à son passé et tout en y restant prisonnier, qui était le fils de son père et le fils de sa mère. Peace utilisait et vendait de la drogue tout en marquant 1560 points sur 1600 aux examens du baccalauréat, le propulsant 99e à l'échelle nationale, et faisant de lui un joueur vedette de water-polo dans son école; il est entré à Yale et s'est retrouvé "piégé» entre la rue d'un côté  d'où il vient et ses nouvelles obligations; il travaillait dans un laboratoire de recherche sur le cancer en utilisant ce dernier pour blanchir l'argent de la drogue.

Ce seul homme avec tant de contradiction fait une histoire étonnamment tragique. Dans les mains de Hobbs, cependant, il devient quelque chose de plus: un questionnement du credo national américain de l'invention de soi. Il rappelle des origines de ce pays auxquelles on ne peut échapper, des traumatismes qui n'ont pas de remède, des manques qu'aucune unité psychiatrique, aucune réforme carcérale aussi meilleure soient elles ne pourront jamais combler.

 Il avait été assassiné dans le "game", game qu'il n'avait en réalité jamais arrêté de jouer, mais avait su si magistralement cacher aux yeux de beaucoup.

À l'été 1998, Hobbs était juste un autre enfant blanc riche destiné à Yale, dans la tradition familiale comme l'ont été son frère et sa sœur avant lui. On lui a affecté un colocateur: Robert Peace. La première chose que Hobbs a déduite de Peace, dans leur tentative maladroite de communication au téléphone afin de s'organiser pour l'appartement, c'est qu'il était noir. Mais parce que Peace jouait au water-polo et semblait vivre près de Manhattan, Hobbs en a déduit que la couleur de peau était probablement tout ce qui les séparait.

Ainsi commença une étrange relation de couple. Hobbs et Peace étaient de mondes différents, mais ils partageaient ensemble une chambre à Yale, comméraient sur les femmes, fumaient des pétards (dont Peace était le fournisseur attitré sur le campus). Ils en savaient un peu plus sur le passé de l'un et de l'autre, mais pas beaucoup. Ils sont restés en contact de façon sporadique après le collège, et Peace a été le témoin du mariage de Hobbs à Brooklyn. Et puis, le 18 mai 2011, 13 ans après leur première rencontre, Hobbs apprend sur Facebook que son ami était décédé - Il avait été assassiné dans le "game", game qu'il n'avait en réalité jamais arrêté de jouer, mais avait su si magistralement le cacher aux yeux de beaucoup.

La mort a incité Hobbs, jusque-là écrivain de fiction (dont le premier livre était aussi sur les étudiants de Yale), à dévier dans la non-fiction et à enquêter sur l'homme que lui-même et tant d'autres pensaient connaitre.

Hobbs reconstruit méthodiquement chacun des mondes auquel appartenait son ami: la maison d'enfance de Peace sur la rue Chapman, avec son "rectangle de mauvaises herbes» et son «perron de cinq escaliers"; le St Benedict’s Preparatory School, où les garçons (Peace et Shawn) ont chanté des chansons de l'école dans les couloirs; sa bande de quartiers, dont les rêves d'étude, de richesse et de stabilité se sont lentement évaporés; les bas-fonds de la pègre, qui pour Peace et beaucoup de ses voisins était la plus accessible, la vraie méritocratie qu'ils peuvent voir; Yale, avec ses niveaux de programmes étouffants et l'angoisse de nombre de ses étudiants issus des minorités.

Le rêve américain dans toute sa splendeur, les États-Unis, le pays qui a fait de lui un homme de Yale, mais aussi le pays qui lui a causé sa perte...

Comme livre captivant, c'est gagné. Il n'y a pas besoin que je vous le vende plus, et je ne vais pas vous le spoiler. Ce qui est intéressant d'ajouter c'est que le livre est très provocateur, même irritant, pour ceux qui répondent aux problèmes de la classe prolétarienne américaine avec des théories et solutions idéologiques préconçus.

Il va forcer les libéraux à reconsidérer leur aversion à parler de culture, des habitudes, des valeurs et l'éclatement des familles comme générateur de pauvreté. La pauvreté peut être «structurelle», comme les libéraux se plaisent à dire, mais les structures ont fonctionné dans le cas de Peace,même s'il avait une blessure de l'âme, "un traumatisme émotionnel paralysant» de l'absence de son père emprisonné, et une rage de générations - une fureur qui ne peut être expliqué par la physique d'une seule vie. Hobbs est particulièrement convaincant sur l'idée qu'aucun niveau de réalisation ou intervention extérieure ne peut compenser l'absence de la famille.

Les conservateurs aimeront le fait que ce soit une école religieuse et un riche banquier qui aient été les principaux sauveteurs de Peace, mais Hobbs nous montre que Peace a été le bénéficiaire de circonstance heureuse, et que le capital et la charité ne pourront jamais, à elles seules, résoudre un problème aussi dense et aussi complexe que celle de la communauté noire aux États-Unis.

Hobbs est un écrivain accompli avec une empathie considérable et un don pour la narration et le suspense.

Robert Peace, qui appelait sa mère "mon coeur", était son seul et unique fils bien-aimé, mais il était le nôtre également. Le rêve américain dans toute sa splendeur, les États-Unis, le pays qui a fait de lui un homme de Yale, mais aussi le pays qui lui a causé sa perte...

6 Commentaires

clara
Par clara il y a 2 ans 11 mois 28 jours

Il a l'air super intéressant ce livre dommage qu'il soit en anglais :(

 
BookAdmin
Par BookAdmin il y a 2 ans 11 mois 28 jours

Il n'est jamais trop tard pour se  mettre à l'anglais wink. Surtout que ce livre est vraiment génial et se lit facilement !

 
clara
Par clara il y a 2 ans 11 mois 26 jours

Ah non, mais je parlais pour ceux qui peuvent pas lire en anglais, moi je n'ai heureusement pas ce problème smiley

 
user
Par Beni I il y a 2 ans 11 mois 16 jours

Le livre à l air cool et c est super de proposer des livres en anglais aussi.Un peu plus people mais le livre de Oprah Winfrey est pas mal non plus dans son genre !

 
BookAdmin
Par BookAdmin il y a 2 ans 11 mois 11 jours

Tiens une nouvelle recrue, bienvenue sur le site Benilicious!

Si tu as envie d'écrire une critique sur le livre d'Oprah, n'hésites pas !

 
clara
Par clara il y a 2 ans 11 mois 11 jours

Le livre à l air cool et c est super de proposer des livres en anglais aussi.Un peu plus people mais le livre de Oprah Winfrey est pas mal non plus dans son genre !

Moi je serai interessée, si tu veux partager ton ressenti sur le livre d'Oprah... Bienvenue parmi nous au passage wink

 

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