La Passion de la méchanceté: sur un prétendu divin marquis – Michel Onfray

Posté le 31/10/2014 à 14h33. Modifié il y a 2 ans 10 mois 21 jours Voir le livre

Titre:
La Passion de la méchanceté
Genre:
Poésie, Philosophie et Sciences Humaines
Editeur:
Editions Autrement
( 27/08/2014 )
ISBN:
2147483647
180 pages
13,00 euros

Michel Onfray, connu pour ces célébrations de philosophe comme Nietzsche ou Camus, compte aussi à son actif une série d’attaques acerbes contre d’autres mythes de la philosophie.

Après Freud, Heidegger et beaucoup d’autres, c’est au tour d’une autre intelligentsia du  XXe siècle, le marquis de Sade, de faire les frais de Michel Onfray. Je me souviens avoir pris du plaisir à lire Sade il y a fort longtemps, et son œuvre qui m’a le plus marqué est assurément Justine ou les Malheurs de la vertu. Œuvre romanesque érotique à souhait, mais à la limite du supportable, où la jeune Justine essai de préserver sa vertu, mais coure chaque fois à sa perte contrairement à Juliette qui prospérera en s’adonnant au vice. L’enthousiasme général pour les œuvres de Sade et ma paresse intellectuelle a fait que je ne suis jamais allé au fond de la pensée sadienne à l’époque.

Les maîtres à penser du XXe siècle, comme André Breton ou Georges Bataille, en avaient fait une icône intouchable et, moi-même, je le considérais comme un libérateur romantique, à la limite du pornographique, mais libérateur tout de même. Je tombe quand même des nues quand j’apprends que certaines personnes l’encensent pour son féminisme ; je ne l’ai jamais cru féministe et je me dis qu’on n’a pas dû lire Sade de la même façon.

Sade a toujours été présenté comme une victime des régimes successifs qui l’ont incarcéré pour ses déviances et ces derniers présentés, par ses défenseurs, comme des ennemis de la liberté. Aux yeux de Michel Onfray, Sade n’est qu’un pervers (ça, on le savait), un délinquant de droit commun, et une « monstruosité intellectuelle ». Dans « La passion de la méchanceté », il se déchaine contre le « divin » marquis et sa longue cohorte d’hagiographes aveuglés ou paresseux : Apollinaire, Barthes, Lacan, Deleuze et j’en passe.

Nous sommes là dans un cas d’aveuglement collectif d’après l’auteur. Contrairement à la légende, Sade n’était pas un grand écrivain qui fantasmait les monstruosités  qu’il racontait. Non, il les faisait, il les vivait, il en jouissait. Onfray commence fort en comparant le comportement de Sade à celui de Ilse Koch, la « Chienne de Buchenwald », celle là même qui se confectionnait des abat-jour avec la peau des prisonniers du camp de Buchenwald, dont elle et son mari, Karl, avaient la charge.

« La biographie de Sade montre que sa vie et son œuvre sont sadiques », écrit Onfray, puis il rappelle la plupart des délits dont Sade s’est rendu coupable. Prenons l’exemple de Rose Keller: une mendiante veuve de 36 ans. Sade lui propose de l’argent afin qu’elle le suive. Elle refuse. Il lui dit alors qu’il veut juste qu’elle vienne faire le ménage chez lui. Elle accepte. Arrivés chez lui, il la menacera de mort, lui demandera de se déshabiller, la fouettera, effectuera des incisions dans sa chair avec un canif puis pour accentuer la douleur fera couler de la cire fondue dans les plaies sanguinolentes, enfin il se masturbera et enfermera sa victime. Cette dernière parvient à s’échapper et portera plainte contre Sade.

« Romancier, il n’y aurait rien à redire à ses fictions, mais Sade se réclame de la philosophie matérialiste », écrit Onfray. Après avoir ouvert son casier judiciaire et rappelé toutes les horreurs dont le récidiviste Sade s’est rendu coupable, Onfray déconstruit son apologie de la cruauté, de la volonté de puissance ou de la liberté frénétique (concept que Sade se réserve à lui seul, mais pas à ses victimes). Onfray cite Jean-Jacques Brochier qui mettait en parallèle Sade et Stirner « deux égoïstes totalement insoucieux d’autrui pourvu qu’ils obtiennent une jouissance ». Concernant son prétendu féminisme, l’auteur rappelle les écrits de Sade dans « Les Cent Vingt Journées de Sodome » : « Une langue de femme n’est bonne qu’à torcher un cul ». Vous conviendrez que comme féministe on a vu mieux…

À la lecture du livre, Sade semble être un galimatias phallocrate qui a pourri la tête de nombreux grands intellectuels, à commencer par les gourous de la « pensée 68 ». Ainsi, Georges Bataille qui s’est masturbé sur le cadavre de sa mère pouvait justifier ses déviances en se référant à Sade. Et que dire des intellectuels et politiques qui ont signé une pétition légitimant la pédophilie « en pensant que  la fin d’une sexualité culpabilisée légitimait une sexualité sans éthique » ?  Ils ont sérieusement dérapé sur le divin Sade. Raison de plus pour rendre hommage aux quelques exceptions qui ont vu juste comme Camus ou Arendt.

« Sade prépare le nazisme, car il critique la pitié », écrit Onfray. C’est l’une des phrases qui résume le mieux « La passion de la méchanceté »,  livre fort qui secoue en nous mettant face à nos lâchetés, point d’appui de cette adulation sadienne où le mal a toujours l’avantage sur le bien.

2 Commentaires

clara
Par clara il y a 2 ans 10 mois 21 jours

Je trouve que Sade va trop loin dans l'érotisme, il le pousse jusqu'au sordide. 

C'était son style, mais je te rejoins quant à son prétendu féminisme, je pense que les gens qui sortent ces enormités n'ont pas bien lu Sade ou ils se moquent de nous tout simplement.

 
BookAdmin
Par BookAdmin il y a 2 ans 10 mois 21 jours

Oui, ce qui emoustille au départ, au fil de la lecture, devient glauque, brutal (trop) et cruel. Comme dit Onfray, si cela reste dans le cadre de la littérature et d'une oeuvre romanesque, ça va. Après tout chacun ses gouts ! Sauf que Sade a essayé de reproduire certains de ses délires littéraires dans la vraie vie. Et pour tous ceux qui ont lu Sade, un tant soi peu, ceci n'est plus acceptable à mon avis.

 

Laisser un commentaire (Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire)

user