Mener deux combats de front - ‘Harlem Hellfighters’ de Lewis et Kelley

Posté le 30/09/2014 à 07h26. Modifié il y a 3 ans 1 mois 21 jours

Titre:
Harlem Hellfighters
Genre:
Histoire
Editeur:
Creative Editions
( 19/08/2014 )
ISBN:
1568462468
32 pages
15,60 euros

Le 17 février 1919, le 369e régiment d'infanterie rentrait à New York en provenance de France. Sous un soleil radieux et un ciel sans nuage, devant une foule de 250 000 personnes, l'unité de combat afro-américaine la plus décorée à servir pendant la Première Guerre mondiale marchait sous l'Arc du Triomphe, nouvellement érigé entre la 23e rue et la Cinquième Avenue. Les observateurs blancs étaient impressionnés par le spectacle de quelque 3.000 soldats noirs avec des casques français, baïonnettes brillantes, défilant dans une discipline de fer, tandis que les résidents noirs envahissaient les rues et exultaient de joie, accueillant chaleureusement leurs proches et héros. À partir de ce moment extraordinaire, le 369e régiment s'inscrivait dans l'histoire comme les Harlem Hellfighters.

Le 369e régiment est pour la Première Guerre mondiale ce que fut le 54e régiment d'infanterie, les Massachusetts Volunteer,  pour la Guerre Civile américaine (1861 - 1865), ou le Tuskegee Airmen pour la Seconde Guerre mondiale. Comme ces célèbres régiments en leur temps, les Harlem Hellfighters furent une figure de proue de la lutte afro-américaine pour l'égalité des droits et de la dignité humaine, un thème retranscrit de façon convaincante dans un nouveau livre d'images de J. Patrick Lewis et Gary Kelley.

"Harlem Hellfighters" rejoint un grand nombre de livres sur le 369e régiment en cette année anniversaire des 100 ans de la Première Guerre mondiale. Les hommes du régiment, qui appartenaient au 15e régiment de la Garde nationale de New York, se sont fièrement surnommés les Rattlers (les crotales), comme l'atteste le titre du livre scolaire de Jeffrey Sammons et John Morrow "Les crotales de Harlem et la Grande Guerre». Pourtant, le pouvoir symbolique du nom "Harlem Hellfighters" perdure, comme en témoigne les titres d'une bande dessinée de Max Brooks et Canaan White et d’un autre livre pour enfants de Walter Dean Myers et Bill Miles; et maintenant, Lewis et Kelley apportent eux aussi leur pierre à l'édifice.

L'histoire du 369e régiment est captivante, car elle est à la fois ordinaire et exceptionnelle. Environ 380 000 Afro-Américains ont servi dans l'armée, qui pratiquait la ségrégation à l’époque, pendant la guerre. Une grande majorité des troupes noires se sont vu refuser le droit de se battre, au lieu de cela ils furent cantonnés à des bataillons de travail, considéré comme subalternes, aussi bien aux États-Unis qu'à l'étranger. En décembre 1917, le 369e régiment est envoyé en France, où il semblait initialement destiné à un sort similaire.

Leur destin bascula quand le général John Pershing les affecta à l'armée française, qui acceptait tous nouveaux soldats en état de se battre, sans distinction de race. Battant en brèche la version promulguée par les autorités militaires racistes disant que les Afro-Américains n'ont joué aucun rôle significatif dans la guerre, le 369e régiment servit pendant 191 jours consécutifs sur les lignes de front, plus que tout autre régiment américain, et n'a jamais cédé un millimètre de terrain aux Allemands. Deux de ses soldats, Henry Johnson et Neadom Roberts, ont été les premiers Américains à recevoir la Croix de Guerre française pour bravoure sur le champ de bataille. Le 369e régiment a également été le premier régiment des forces alliées à atteindre le Rhin après l'armistice et toute l'unité a reçu une décoration de l'Armée Française pour leur courageux service militaire.

Le personnage central du "Harlem Hellfighters" de Lewis et Kelley est James Reese Europe, le fameux compositeur de ragtime et chef d'orchestre qui a dirigé l'orchestre du 369e régiment et conquis la France sous la tempête en jouant un nouveau son, passionnant et vibrant qui a contribué à ouvrir la voie à l'ère du jazz. Lewis raconte l'histoire du 369e régiment sous forme de poème en vers libres, en utilisant intelligemment le rythme syncopé que Europe et son groupe ont rendu célèbre.

Les poétiques de Lewis sont parfaitement complétées par des illustrations pastel de Kelley, qui à la fois inspirent et déstabilisent. Les personnages sont illustrés avec une simplicité stoïque qui exprime la dignité et la persévérance. Certaines images sont effrayantes, comme le Président à lunettes, Woodrow Wilson, posant de façon méprisante à côté des corps sans vie de deux hommes noirs lynchés. Kelley accentue habilement sa palette sombre avec un rouge discret, du blanc et du bleu du drapeau américain, comme pour souligner le défi que le 369e a dû relever quand ils se battaient pour un pays qui ne respectait pas leur citoyenneté et, encore moins leur humanité.

Les États-Unis sont entrés en guerre, comme Wilson l'a proclamé, afin de "préserver la démocratie" dans le monde. Le 369e régiment s'est battu pour cette cause, mais aussi pour rendre cette démocratie accessible aux noirs américains. Sur les champs de bataille, les Harlem Hellfighters, comme l'écrit justement Lewis, « montrent ce qu’est le courage ». C'est pourquoi, après près d'un siècle, leur héritage reste encore bien vivant.

 

6 Commentaires

clara
Par clara il y a 3 ans 1 mois 20 jours

Très belle histoire, sinon il n'y a plus personne sur le site? j'attend mon article quotidien ;)

 
BookAdmin
Par BookAdmin il y a 3 ans 1 mois 20 jours

Nous sommes un peu occupé à faire évoluer le site, mais dans quelques temps ça repartira ;).

En attendant, tu peux proposer aussi des articles.

 
clara
Par clara il y a 3 ans 1 mois 20 jours

Je vais m'y mettre.

 
BookAdmin
Par BookAdmin il y a 3 ans 1 mois 20 jours

On attend cela avec impatience !

 
user
Par jol il y a 3 ans 1 mois 20 jours

J'avais lu des histoires concernant Woodrow Wilson, paraîtrait qu'il était raciste qu'envers les noirs. Il y a même une de ses interviews où il encensait le ku klux klan justifiant qu' "ils essayaient de préserver les blancs contre les noirs dans le sud des USA"...

Bref, voilà une bonne leçon d'humanité que celle donnée par les Harlem Hellfighters !

 
BookAdmin
Par BookAdmin il y a 3 ans 1 mois 20 jours

C'est un personnage bien controversé Mr Wilson... Retenons juste le courage et la bravoure des Harlem Hellfighters.
 

 

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