Souvenirs d'enfance

Posté le 23/11/2014 à 15h02. Modifié il y a 2 ans 11 mois 24 jours Voir le livre

Titre:
Le bleu des abeilles
Genre:
Adolescence et Jeunesse
Editeur:
GALLIMARD
( 29/08/2013 )
ISBN:
2070142140
120 pages
15,90 euros

Dans « Le bleu des abeilles » de Laura Alcoba, il est question de couleur. Plus précisément de la couleur bleue, qui serait la préférée des abeilles, celle du ciel et de la mer, mais le livre traite surtout de l’enfance. Une enfance pas comme les autres, une enfance loin de son pays d’origine, une enfance dévouée à l’apprivoisement d’un nouvel environnement et d’une nouvelle langue.

Il s’agit ici d’une autobiographie racontée par l’auteur qui a alors une dizaine d’années. Au début du livre, la petite Laura vit en Argentine, son pays d’origine, où elle rend visite tous les jeudis à son père alors prisonnier politique à La Plata. Puis, il a été décidé qu’elle devait rejoindre sa mère réfugiée politique à Paris, la Ville lumière, la capitale du pays qui a donné naissance au français, une langue merveilleuse, mais qui ne se laisse pas amadouer facilement. Son professeur de français, Noémie, lui apprendra les rudiments de la langue, mais la théorie résiste souvent mal à la pratique. Aussi, arrivée en France, ce mois de janvier 1979, la petite Laura se sent complètement perdue.

Le Paris qu’elle avait si souvent rêvé et fantasmé n’est pas vraiment ce à quoi elle s’attendait. En effet, elle débarque au Blanc-Mesnil, une ville séparée de Paris par le Drancy, Bobigny et Pantin, autant dire pas réellement Paris. Elle se retrouve à la cité de la Voie-Verte, au Blanc-Mesnil, où elle habitera désormais avec sa mère et Amalia, une amie à sa mère. De son point de vue d’enfant, elle dépeint la vie dans les cités à l’époque. Le découpage des territoires : d’un côté les Espagnols, Portugais et même quelques Français de « source », et de l’autre, aux Quinze-Arpents, la partie la plus sale de la cité selon la jeune Laura, majoritairement peuplée de Noirs et d’Arabes. Tandis que les familles portugaises et espagnoles ne jurent que par « l’immersion » dans la société française, les autres communautés ne semblaient pas vraiment suivre cette voie.

Cela soulève la question de l’assimilation à la française. Est-il possible d’intégrer des personnes dans une société en les parquant tous ensemble au même endroit ? Une assimilation réussie ne serait-elle pas justement une répartition judicieuse des populations afin qu’elles apprennent les us et coutumes du pays d’accueil ? Cela est une bonne question pour nos responsables politiques.

Quoi qu’il en soit, « tu pourrais dire à tes copines que tu habites le Quartier Latin… Juste à côté de l’Afrique du Nord et du Sahel », lui dit sa mère. C’est marrant, nombreux sont ceux qui habitent en banlieue parisienne, mais se réclament du centre de Paris, comme s’il y avait une honte à habiter en banlieue. Bon, c’est sûr que Paris est plus connu que Le Blanc-Mesnil, et pour impressionner les copains restés au pays, Paris vend quand même du rêve ! Mais est-ce pour autant une raison pour renier son lieu d’habitation ?

À « Paris », l’auteur entreprend une correspondance assidue avec son père où ils discutent beaucoup du livre « la vie des abeilles » de l’écrivain belge nobélisé Maurice Maeterlinck. Le bleu serait la couleur préférée des abeilles – je vous fais grâce des études entomologiques qui ont conduit à cette conclusion. Ce sont d’ailleurs ces correspondances couplées à sa vie d’écolière, ses premiers amis, qui sont fatalement de la même communauté qu’elle, et la cruauté dont les enfants peuvent parfois faire preuve les uns envers les autres qui ont donné naissance à ce livre.

 « Le bleu des abeilles » traite aussi de la honte, justifiée ou pas, de la condition d’immigrée. Un accent trop prononcé, des difficultés à comprendre les natifs du pays et les fins de mois difficiles avec les interminables aller-retour entre Emmaüs et le secours catholique sans parler des jobs ingrats que certains sont obligés d’accepter. J’ai beau être profondément laïque, mais l’humaniste de certaines organisations religieuses force le respect. Pour comprendre certaines situations que l’auteur décrit dans son livre, il faut avoir soit même voyagé un tant soit peu. Il est difficile de se projeter dans la peau d’un immigré surtout pour un Français. En effet, la France ayant toujours été un pays plus ou moins stable économiquement, les Français, à l’instar des Espagnols, portugais, etc., ne sont pas un peuple qui migre énormément.

Je vous rassure tout de suite, il ne s’agit pas du tout d’un livre trop sérieux. Il est parfois drôle et en suivant l’auteur dans sa vie d’enfant, jusqu’à l’apparition de ses seins faisant d’elle une « señorita », il se peut que de vieux souvenirs enfouis de votre enfance refassent surface. Bien que l’auteur dépeint des réalités très dures, elle le fait avec une voix d’enfants, ce qui rend le récit tout de suite moins oppressant et particulièrement touchant. Un bleu à contempler sans modération donc !

4 Commentaires

BookAdmin
Par BookAdmin il y a 2 ans 11 mois 24 jours

Merci pour ta critique clara. Tu es décidément très active en ce moment wink

 
user
Par jol il y a 2 ans 11 mois 21 jours

En même temps, elle lit des livres de 120 pages... Non, je rigole. 

Il parait que la dictature militaire en Argentine a été terrible avec des tortures, des meurtres, etc.

L'auteur semble raconter tout cela d'un point de vue familial et finalement elle était trop petite à l'époque des faits pour insister sur les atrocités.

Du coup, d'après la critique, elle a choisi de raconter une enfance pas complètement malheureuse, mais tourmentée tout de même. Car quitter son pays d'origine et laisser derrière soi ses proches n'est jamais aisé.

 
clara
Par clara il y a 2 ans 11 mois 19 jours

C'est tout à fait cela. Tu l'as lu ?

 
user
Par jol il y a 2 ans 11 mois 17 jours

Non, mais il suffit d'avoir voyagé un tout petit peu et avec un peu d'imagination, on peut comprendre ce qu'a pu ressentir cette auteure quand elle était enfant...

 

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