12 Years a Slave (esclave pendant 12 ans) : un film magnifique et un livre encore plus magnifique

Posté le 15/11/2014 à 18h08. Modifié il y a 2 ans 7 mois 7 jours Voir le livre

Titre:
12 years a slave
Genre:
Histoire
Editeur:
MICHEL LAFON
( 02/01/2014 )
ISBN:
2147483647
299 pages
16,95 euros

Quand j’ai vu « 12 years a slave » en DVD, il y a quelques jours, j’ai été tellement horrifié par l’histoire que je me suis procuré le livre afin de savoir si les évènements se sont réellement déroulés comme décrits dans le film.

Le livre est une autobiographie de Solomon Northup, un métis noir né d’un père esclave affranchi et d’une mère blanche, qui est enlevé puis vendu comme esclave dans une Amérique esclavagiste du milieu du 19e siècle. Ce livre est presque un Saint-Graal pour les historiens, dans un milieu où les membres étaient incapables de lire et encore moins d’écrire, n’ayant pas reçu d’éducation, le récit de Solomon Northup, qui avait reçu une éducation de base, semble crédible et convainquant.

Sans surprise, le livre est beaucoup mieux que le film – pas en tant que chef-d’œuvre littéraire, mais en tant que support permettant la compréhension de la condition d’esclave à l’époque. Le film, à sa sortie, a reçu bon nombre de critiques plutôt élogieuses, méritées à mon sens. Il est finement joué, magnifiquement cadré et témoigne de l’aspect profondément dégradant de l’esclavage.

Les scènes d’horreur dans le film ne sont pas exagérées, c’est encore pire dans le livre. Mais le réalisateur britannique, Steve McQueen, a fait quelques choix discutables dans son interprétation du livre enlevant, je pense, toute nuance et toute tentative d’étude de la dualité de l’être humain, ce qui aurait rendu son film encore plus profond.

La plupart des esclavagistes, à la fois dans le livre et le film, sont absolument diaboliques. Mais William Ford est plus « convenable » dans le livre, si on peut utiliser ce terme concernant un esclavagiste. Dans son adaptation, McQueen n’a pas tenu compte de cet aspect, Ford, joué par Benedict Cumberbatch, y est présenté comme fourbe et corrompu. À l’époque, les hommes, même les plus humanistes, pensaient qu’ils avaient le droit de détenir des esclaves d’où une description moins sévère dans le livre. Cela avait été théorisé quelques siècles plus tôt par Aristote. Dans son ouvrage « Politique : livre I », Aristote voyait les villages comme étant composés de « maitres naturels », choisis pour leur intellect, et des « esclaves naturels », sans distinction de couleur, utilisés pour leur force de travail. Mais, de nos jours, au 21e siècle, il est absolument inconcevable de réduire d’autres humains en esclave d’où la description sévère de McQueen à l’égard de Ford.

On pourra en revanche déplorer le choix de McQueen de dépeindre des esclaves constamment malheureux, ce qui n’est pas le cas dans le livre. Ils faisaient, en quelque sorte, contre mauvaise fortune, bon cœur.

Prenons le cas de Patsey, jouée par Lupita Nyong'o à l’écran, une esclave morose tout au long du film, à cause de la façon terrible dont elle est traitée par son maître. Dans le livre, elle est d’abord présentée comme courageuse et pleine d’humour, malgré sa vie pourrie, et c’est son maître qui va prendre un malin plaisir à démolir sa personnalité et lui infliger des blessures profondes dans la chair. Voilà ce qui rend l’histoire de Patsey extraordinairement tragique aussi bien dans le livre qu’à l’écran.

Le passage le plus marquant pour moi dans le livre est la description de Noël par Northup. Les esclaves travaillaient tous les jours, toute l’année, sauf à Noël, où ils avaient quelques jours de repos. La plantation se muait alors en lieu de fête. Les esclaves disposaient de longues rangées de tables, sur lesquelles ils entreposaient de la vraie nourriture, au lieu de l'infect traditionnel bacon et maïs dont ils devaient se contenter le reste de l’année.

Ils se régalaient pendant des heures, et au rythme des instruments à percussion, dansaient toute la nuit. Comment faisaient-ils pour danser toute la nuit alors qu’ils étaient poussés à leur limite tous les jours pendant les 12 mois précédents ? Il y avait chez ces hommes un courage et une force de conviction qui auraient dû toucher les esclavagistes et les amener à reconsidérer la façon dont ils les traitaient. Ce ne fut, malheureusement, pas le cas…

Il y a quelque chose d’incroyable dans cette histoire: le triomphe de l’esprit humain face aux pires atteintes à la dignité et aux droits les plus fondamentaux. Voilà, à mon sens, l’essentiel du message de « 12 years a slave ».

2 Commentaires

BookAdmin
Par BookAdmin il y a 2 ans 7 mois 6 jours

Je n'ai jamais eu l'occasion de voir le film, mais je le ferai dès que je peux.

Merci pour ton article.

 
user
Par jol il y a 2 ans 6 mois 25 jours

De rien, cela fait toujours plaisir de partager ses lectures wink

  BookAdmin aime ça.

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