A vif comme Hannah, mais beaucoup plus alerte - Not That Kind of Girl - Lena Dunham

Posté le 23/09/2014 à 23h39. Modifié il y a 3 ans 0 mois 16 jours Voir le livre

Titre:
Not That Kind of Girl
Genre:
Adolescence et Jeunesse
Editeur:
BELFOND
( 09/10/2014 )
ISBN:
2147483647
320 pages
20,00 euros

Intelligentes, drôles, les femmes écrivaines aiment donner des conseils.

Nora Ephron: "Ne jamais épouser un homme avec lequel vous ne voudriez pas divorcer." Wendy Wasserstein: «Les femmes doivent apprendre à donner à ceux qui les apprécient au lieu de ceux qui s'attendent à les recevoir". Tina Fey:"Ne pas embaucher quelqu'un à qui vous ne voudriez pas faire du rentre-dedans dans le couloir à 3 heures du matin". Et maintenant, Lena Dunham:"la confiance en soi vous permet de tout enlever, même les Tevas (tapettes) et les chaussettes ".

Intelligent, drôle, le nouveau livre de Mme Dunham, "Not That Kind of Girl" est une sorte de mémoire déguisée en livre de conseils, ou un guide pratique (sur la manière de naviguer en eaux troubles pour les jeunes filles) sous forme d'une série d'expériences personnelles. "Si je pouvais prendre ce que j'ai appris», écrit-elle dans l'introduction, «et rendre le sale boulot plus facile pour vous, ou vous empêcher d'avoir le genre de relation sexuelle où vous sentez que vous devez garder vos chaussures de sport au cas où vous voudriez vous enfuir pendant l'acte, alors toutes mes erreurs en valaient la peine. "

Mme Dunham confesse que "Not That Kind of Girl" a été en partie inspiré par le livre d'Helen Gurley Brown publié en 1982, "Having It All», qu'elle a trouvé dans une boutique d'occasions quand elle avait 20 ans - un livre dont elle trouvait les conseils souvent «absolument bananes » (comme ingérer moins de 1000 calories par jour), mais dont le message essentiel qu’ « une femme puissante, confiante et sexy,  se construit, mais ne nait pas ainsi ", elle avait désespérément besoin de cela à ce moment-là, dit-elle, quand elle se détestait et pensait qu'elle ne serait "jamais bonne à rien."

À seulement 28 ans maintenant, Mme Dunham est la créatrice de la série saluée par les critiques "Girls" qui passe sur HBO, une série télévisée basée sur ses expériences pendant ses années d'incertitudes entre l'université et la vie d'adulte, quand elle et ses amies avaient de mauvais petits amis, des emplois sans avenir et des rêves hors de portée. Réel et souvent cru (à la différence de l'angélique "Sex and the City"), "Girls" est un cliché, une capture de ces années - tout du moins telle que vécue par un groupe de jeunes privilégié de Brooklyn - quand tout parait comme si les bouleversements de la vie avaient lieu plusieurs fois par jour; lorsque les Wild Clothes (difficile de traduire cela en français, s'il y a des shopeuses dans la salle...) et les envolées lyriques autodramatisantes dissimulent souvent la solitude et la confusion; quand l'impulsivité et le nombrilisme ont tendance à être les paramètres émotionnels par défaut.

Avec "Not That Kind of Girl", Mme Dunham apporte une franchise similaire à l'histoire de sa propre vie, se mettre tant à nu sur papier que son alter ego Hannah est une expérience douloureuse. L'observation pointue et le ton distinctif qu'elle a perfectionné dans "Girls" et dans son film de 2010, "Tiny Furniture," sont présents dans le livre. Si Nora Ephron (un mentor à Mme Dunham et l'une des personnes à qui ce livre est dédié) transparaissait dans ses livres comme sophistiquée, la tante de la grande ville, omnisciente, mondaine et avertie sur à peu près tout, alors Mme Dunham ressemble plus à sa nièce à fleur de peau: confiante, nerveuse et sérieuse. Elle est à la fois acerbe et vulnérable; égocentrique et inquisitrice; parait audacieuse, mais terriblement anxieuse; une survivante de la plupart des crises amoureuses et d'amitié vécues par ses personnages de "Girls", bien que toujours déconcertée par les mystères du monde des adultes.

Mme Dunham décrit des rendez-vous amoureux calamiteux et des échanges de courriels faisant grincer des dents avec humour et autodérision. Elle raconte ses doutes, ses peurs et ses névroses, sa dépendance à l'égard d'une thérapeute, et ses rencontres sexuelles débridées avec son lot de connards. Avant de rencontrer son petit ami actuel, "une personne vraiment bien," dit-elle, elle était particulièrement attirée par le genre de gars "grossier, et qui explique ensuite que c'est un mécanisme de défense, puis se révèle encore plus grossier" une fois que vous apprenez à le connaître.

Mme Dunham a manifestement beaucoup en commun avec Hannah, y compris des épisodes de trouble obsessionnel compulsif; une sorte de résilience de « gonzesse » face à une humiliation cinglante; une compulsion pour transcrire ses expériences en mots; et un penchant défensif pour lister de manière préventive ses propres défauts avant que quelqu'un d'autre le fasse.

Sa première impulsion, comme Hannah, est de tout partager (même les choses les plus intimes), mais elle a aussi une conscience de soi qui échappe à son alter ego fictif. Mme Dunham semble comprendre que certaines de ses préoccupations et de celles de ses amis pourraient être considérées par des jeunes avec moins de chance comme du luxe - consciente que son petit monde et celui de ses amis sont à la fois enviables et se font rares à New York.

Et donc, alors que Hannah, un auteur en herbe, constamment met son pied dans le plat et jacasse sur elle-même, la talentueuse Mme Dunham écrit non seulement avec une précision chirurgicale, mais apporte également une perspective, une nostalgie et une sorte de sagesse propre à une personne âgée, sur son auto portrait (pas tant que ça) et son monde.

"Je ne pourrai jamais être qui j'étais», fait-elle remarquer. «Je peux tout simplement la regarder avec sympathie, compréhension et une certaine crainte. Là, elle va, sac sur le dos, en direction de la station de métro ou à l'aéroport. Elle a fait de son mieux avec arrangé son eye-liner. Elle a appris un nouveau mot qu'elle veut partager avec vous. Elle se promène à sa recherche."

En fait, les différences entre Mme Dunham et Hannah animent ce livre. Une jeune femme à la recherche d'une drôle de feuille de route conduisant à l'amour, au sexe et au travail et "avoir tout cela" ne doit pas vous empêcher de consulter les conseils d'auto-sabotage de Hannah. Mme Dunham n'a pas la prétention d'être « la voix de ma génération» ou encore «la voix d'une génération», comme Hannah fait dans la série télévisée. Au lieu de cela, elle raconte simplement sa propre histoire dans toute sa spécificité et parfois ses détails embarrassants, ce livre est aussi grave et sincère que drôle.

2 Commentaires

BookAdmin
Par BookAdmin il y a 3 ans 1 mois 24 jours

Merci pour ton article, clara. Je ne connaissais pas du tout la série "Girls", pourtant je suis abonné au Netflix US.

 
user
Par jol il y a 3 ans 1 mois 23 jours

Bon allez, l'année prochaine j'écris un livre intitulé "Not That Kind Of Boy" ! Nous aussi nous souffrons des relations avec vous Mesdames...

 

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