Le roi disait que j'étais diable - Clara Dupont-Monod

Posté le 10/10/2014 à 16h06. Modifié il y a 2 ans 8 mois 12 jours Voir le livre

Titre:
Le roi disait que j'étais diable
Genre:
Histoire
Editeur:
Grasset
( 20/08/2014 )
ISBN:
2147483647
240 pages
18,00 euros

Il aurait fallu la mater d’emblée. Mais le roi, cet innocent, au premier regard tomba amoureux fou de sa future épouse, Aliénor, duchesse d’Aquitaine. C’était en l’an 1137. Elle avait 13 ans, peut-être 15. Louis VII était à peine plus âgé. Il se destinait à la prêtrise, mais, à la mort de son frère aîné, Philippe, on l’avait extrait de son cloître afin de le pousser vers le trône. En monarque soucieux de l’extension du domaine royal, son père, Louis VI le Gros, avait organisé son mariage avec la très puissante Aliénor, maîtresse de la Guyenne, de la Gascogne, du Poitou, du Limousin, de l’Angoumois, de la Saintonge et du Périgord. L’union tourna au désastre. Elle fut annulée pour cause de très lointain cousinage et Aliénor s’en alla offrir ses domaines à l’Anglais Henri II Plantagenêt, de onze ans son cadet. De quoi être dite sorcière, putain, et diable sans doute. N’avait-elle pas ensorcelé un roi ?

La rencontre de Clara Dupont-Monod avec cette « fleur vénéneuse » était inévitable. Comment elle, qui a le goût des figures tourmentées du Moyen Age, aurait-elle pu ne pas s’attaquer à cette « forteresse gardée par une légende » ? La réhabiliter simplement, ou d’ailleurs la noircir encore aurait été banal. Avec raison, elle a préféré « combler les blancs » de l’Histoire, imaginer le roman d’un amour impossible. Face à Aliénor, elle a donc installé Louis VII. Cela va durer quinze ans, quinze années d’incompréhension, ponctuées de décisions hasardeuses et de rébellions, avec, pour couronner le tout, une croisade, la deuxième, qui fut un fiasco.

On saura gré à Clara Dupont-Monod de nous rendre une fois encore le Moyen Age si proche. Elle a l’érudition aimable, l’écriture sensible, mais tenue. Quant à ses prises de liberté avec une histoire dont, au fond, on ne sait rien, on les aime. Aliénor apparait comme une fantastique emmerdeuse, un être de colère qui ne révère que l’amour et l’épée, s’enivre de son luxe, de sa langue d’oc et de ses troubadours.

En fait, elle est hantée par son lignage et vit dans la terreur de ne pas être acceptée. Le roi l’a percée à jour, ce qui ne l’empêche pas d’être jaloux et de souffrir comme un damné. Un échec commun, certes, mais où ils gagneront tous deux : elle, un surcroît d’audace, lui, la force de se comporter en roi.

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