Meursault, contre-enquête – Kamel Daoud

Posté le 10/11/2014 à 07h39. Modifié il y a 3 ans 0 mois 8 jours Voir le livre

Titre:
Meursault, contre-enquête
Genre:
Actu, Politique et Société
Editeur:
ACTES SUD
( 07/05/2014 )
ISBN:
2147483647
160 pages
19,00 euros

Il faut être soit complètement inconscient, soit sacrément talentueux pour s’attaquer à un monument de la littérature française comme Albert Camus.

Été 1942, Meursault, le héros principal du roman « l’étranger » d’Albert Camus, tuait sur la plage d’Alger un « Arabe ». Soixante-dix ans après, un Algérien se pose une question extraordinaire : qui est donc cet « Arabe » sans identité ? C’est le point de départ du roman « Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud.

Alors, je vous préviens tout de suite, si vous n’avez jamais lu « L’étranger » de Camus, vous aurez du mal à comprendre le roman de Kamel Daoud. En effet, qui dit contre-enquête, dit aussi utilisation des éléments de l’histoire de départ. Petite piqûre de rappel.

Meursault, personnage principal et narrateur de L’étranger, vit à Alger en Algérie française. Dans la première partie du roman, Meursault reçoit un télégramme lui annonçant le décès de sa mère. Lors des funérailles de cette dernière, Meursault ne versera pas une seule larme, ne voulant pas simuler un chagrin qu’il ne ressent pas. Son attitude ne manquera pas de laisser les gens perplexes. Quel est donc ce fils qui ne pleure pas la mort de sa mère ?

Un dimanche midi, après un repas bien arrosé, Meursault, Raymond Sintès, un proxénète notoire et accessoirement amant d’une Maure qu’il ne cesse de battre, et Masson, ami de Meursault, se promènent sur la plage et tombent nez à nez avec un groupe d’« Arabe ». Malheureusement pour Raymond, le frère de sa maitresse, qui lui en veut à juste titre pour ses maltraitances à répétitions envers sa sœur, fait partie de ce groupe. Une bagarre éclate, et Raymond est blessé au visage au couteau. Plus tard sur la plage baignée de soleil, Meursault rencontre de nouveau l’un des « Arabes » du groupe. Ce dernier le menace avec un couteau. Meursault, ébloui par le reflet du soleil sur lame, se crispe sur le revolver dans sa poche, tuant l’Arabe d’une seule balle. Puis, sans raison particulière, tirera de nouveau à quatre reprises sur le cadavre de l’homme. Ceci lui sera reproché lors de son procès, excluant ainsi l’homicide involontaire et la légitime défense.

Meursault est arrêté et interrogé. Il pêche par excès de sincérité et n’éprouve aucun remords, rendant sa défense difficile. Lors de son procès, il sera plus questionné pour son comportement lors de l’enterrement de sa mère que sur le meurtre de l’« Arabe », comme si cela était un accessoire. Pour sa défense, il dit avoir commis son acte à cause du soleil, ce qui ne manqua pas de déclencher l’hilarité générale dans la salle d’audience. Au final, il est condamné à la guillotine.

Pour ceux qui se pose la question, je vous rassure, ce n’est pas une critique de L’étranger, mais bien de « Meursault, contre-enquête ». Il faut vraiment avoir les éléments de départ en tête, c’est indispensable pour la compréhension du texte de Kamel Daoud.

A la victime de Meursault, Kamel Daoud donne un nom, Moussa, une mère, m’ma, et un frère Haroun. Ce dernier tient le rôle de narrateur du roman et exprime sa révolte en découvrant le livre de Camus, où la mort de son frère lui est expliquée et volée à la fois. Haroun, pour faire plaisir à sa mère et en finir avec cette histoire qui ne cesse de hanter sa famille, va tuer un Français, qui a un nom, mais aucune raison de mourir ce jour de 1963, dans l’Algérie indépendante. Lors de son interrogatoire, on le questionnera plus sur sa lâcheté et les raisons pour lesquelles il n’a pas combattu pour libération de son pays que sur le meurtre en lui-même. Un sacré retournement de situation !

Daoud aborde avec lucidité, tout au long de son roman, la question de la colonisation en général et la relation franco-algérienne en particulier. « Meursault, contre-enquête » est un roman frondeur et intense, presque revanchard. Alors, s’attaquer à un monument comme Camus, est-ce de l’inconscience ou du talent ? Je vous en laisse juge.

1 Commentaires

clara
Par clara il y a 3 ans 0 mois 7 jours

Merci pour ce résumé de l'étranger de Camus, moi qui voulait lire le roman de Kamel Daoud, cela m'a rafraichit la mémoire. wink

  BookAdmin aime ça.

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